Le journal

Fleurs comestibles

Bourrache — La petite étoile bleue qui se mange et qui appelle les abeilles

Une fleur en étoile bleue, des feuilles au goût de concombre, un usage en cuisine ligure depuis des siècles. La bourrache se sème, se mange et fait vivre tout le potager autour d'elle.

23 mai 2026

Bourrache

Une fleur qui ressemble à un ciel d'été

Quand la bourrache fleurit, c'est une explosion de petites étoiles bleues, à cinq pétales, regroupées en bouquets pendants. Les abeilles s'y précipitent — c'est l'une des plantes les plus mellifères du jardin, avec une production de nectar quasi continue de juin à octobre. Plus discret mais plus précieux pour qui aime cuisiner : ses jeunes feuilles, vertes et velues, ont un goût étonnant de concombre frais, légèrement iodé — d'où son surnom d'« herbe à huître ». Et tout est comestible — feuilles tendres, fleurs, boutons.

Une plante de Méditerranée, ancrée en cuisine ligure

La bourrache officinale (Borago officinalis) est une annuelle originaire du bassin méditerranéen. Cultivée depuis l'Antiquité pour ses vertus médicinales — Pline l'Ancien la mentionne déjà — elle est devenue au Moyen Âge une plante des jardins de monastères. Mais c'est en Ligurie, sur la côte italienne du nord-ouest, qu'elle a sa place culinaire la plus définie. Là-bas, ses feuilles entrent dans la composition traditionnelle de plusieurs plats locaux : les pansoti (raviolis verts farcis aux herbes, ricotta et pecorino), les torte di verdure (tartes salées aux herbes), et les frittate aux fanes diverses. Elle fait partie de ce qu'on appelle là-bas le preboggion, un mélange d'herbes sauvages cueillies dans la garrigue.

Comment elle pousse chez nous

Semis directement en place, de mars à juillet, en poquets ou à la volée. La bourrache déteste être transplantée — sa racine pivot fragile ne s'en remet pas. À peine recouvrir les graines, tasser légèrement, arroser doucement. Germination en 7 à 10 jours à 20 °C. Une fois levée, on éclaircit pour laisser un plant tous les 30-40 cm.

C'est une plante annuelle qui se ressème toute seule d'une année sur l'autre, sans rien faire. Une fois qu'on l'a installée, on l'a pour toujours. Elle apprécie les sols profonds, frais et riches, en plein soleil. Elle continue à fleurir après les premières gelées, ce qui en fait l'une des dernières fleurs nectarifères de l'année — précieux pour les abeilles tardives.

Bonus pour le sol : la bourrache est aussi un excellent engrais vert. Sa longue racine pivot va chercher des minéraux dans les profondeurs du sol que les autres plantes n'atteignent pas, et les ramène en surface dans son feuillage. Quand les plants finissent leur cycle, on peut les couper et les laisser au pied des cultures voisines (tomates, courges, fraisiers) — ils se décomposent et restituent ces minéraux à la terre.

La recette qui la met en valeur — Pansoti à la bourrache, ricotta et pecorino

C'est la recette ligure traditionnelle. Elle demande un peu de patience pour la pâte, mais c'est l'un des plats les plus satisfaisants à faire soi-même. Le goût des feuilles de bourrache cuites — légèrement iodé, herbacé — est unique et inimitable.

Pour quatre personnes :

Pour la farce :

  • 2 grosses poignées de jeunes feuilles de bourrache (environ 200 g)
  • 250 g de ricotta bien égouttée
  • 50 g de pecorino râpé (ou parmesan à défaut)
  • 1 œuf
  • 1 gousse d'ail
  • Noix de muscade râpée
  • Sel, poivre

Pour la pâte :

  • 300 g de farine type 00 (ou T55)
  • 3 œufs
  • 1 cuillère à soupe d'huile d'olive
  • 1 pincée de sel

La préparation :

La farce d'abord. Lavez les feuilles de bourrache, retirez les tiges les plus dures. Faites chauffer une cuillère d'huile d'olive dans une poêle, ajoutez l'ail haché, puis les feuilles de bourrache. Faites tomber 3 à 4 minutes, comme des épinards. Égouttez bien, pressez pour retirer l'eau, puis hachez finement aux ciseaux ou au couteau.

Mélangez les feuilles hachées avec la ricotta, le pecorino, l'œuf, une pincée de muscade, sel et poivre. Réservez au frais.

La pâte ensuite. Faites un puits avec la farine, cassez les œufs au centre, ajoutez l'huile et le sel. Mélangez à la fourchette puis pétrissez 10 minutes pour obtenir une pâte lisse et élastique. Filmez, laissez reposer 30 minutes.

Le montage. Étalez la pâte au laminoir ou au rouleau jusqu'à 1-2 mm d'épaisseur. Découpez des carrés de 7 cm. Déposez une cuillère à café de farce au centre, repliez en triangle (forme traditionnelle des pansoti), pressez bien les bords pour souder.

La cuisson. Plongez dans un grand volume d'eau bouillante salée. Ils sont cuits dès qu'ils remontent à la surface — 3 à 4 minutes. Servez avec une sauce simple : noix concassées, huile d'olive, ail confit. Ou tout simplement avec du beurre et de la sauge.

Ce qu'on en fait, après

Les fleurs fraîches parsemées sur une salade composée, dans un cocktail à la limonade, ou cristallisées au sucre pour décorer un gâteau (on les passe rapidement dans du blanc d'œuf battu, on saupoudre de sucre fin, on laisse sécher 24 h). Petite astuce esthétique : pour garder leur belle couleur bleue dans une salade, on les ajoute au dernier moment — le vinaigre de la vinaigrette les fait virer au rose en quelques minutes (joli aussi, mais surprenant si on ne s'y attend pas).

Les jeunes feuilles ciselées dans un fromage blanc avec de l'ail des ours, en tartinade. Astuce texture : la bourrache est recouverte de poils raides, presque rêches, qui passent inaperçus à la cuisson mais peuvent être désagréables crus. Pour les salades, on choisit donc les feuilles les plus jeunes et tendres, et on les hache finement — manger une grande feuille entière donnerait une sensation de papier de verre. Les feuilles plus larges, plus coriaces, sont parfaites cuites comme des épinards.

Et tout le jardin autour profite de la présence de la bourrache : elle attire les pollinisateurs sur les courges, les fraisiers, les tomates.

Une note de modération : la bourrache contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des molécules naturellement présentes dans la plante qui ne posent aucun problème en consommation occasionnelle (quelques fois par mois en salade, dans des pansoti, en décoration), mais que le foie n'apprécie pas en excès sur la durée. Par précaution, on évite la consommation quotidienne ou en cure prolongée, et la bourrache est déconseillée aux femmes enceintes ou allaitantes. Comme toutes les bonnes choses : avec modération.


Plants de bourrache disponibles à la pépinière du Mézayon (Satillieu, Ardèche) à partir d'avril-mai, et sur les marchés.