Le journal

Plantes grimpantes

Ipomée Tricolor — La grimpante aux fleurs bleues qui changent de couleur dans la journée

Une grande grimpante annuelle, originaire du Mexique, dont les fleurs en trompette s'ouvrent au petit matin d'un bleu ciel intense et virent au mauve avant de se faner en fin d'après-midi. Chaque matin, une nouvelle vague de fleurs neuves — pendant tout l'été.

15 juin 2026

Ipomée Tricolor

Une fleur qui ne dure qu'un matin

C'est l'une des grandes magies du jardin d'été : se lever à sept heures du matin et trouver, sur la pergola ou la clôture, une avalanche de fleurs en trompette d'un bleu ciel pur, larges comme la paume d'une main. Le bleu est si vif qu'il semble luminescent. Au fil des heures, à mesure que le soleil monte, les fleurs virent doucement au mauve, puis au rose pâle, avant de se replier sur elles-mêmes en fin d'après-midi. Le lendemain, à l'aube, une nouvelle vague de fleurs s'ouvre — fraîches, bleues à nouveau. C'est pour ce ballet quotidien que les Anglo-saxons l'ont baptisée Morning Glory — "la gloire du matin".

Une fleur sacrée des Aztèques

L'Ipomée Tricolore (Ipomoea tricolor) est originaire du Mexique tropical et d'Amérique centrale. Avant l'arrivée des Européens, les Aztèques la cultivaient comme plante sacrée — ses graines servaient dans certains rituels chamaniques pour entrer en communication avec les divinités. Les Espagnols, à leur arrivée au XVIᵉ siècle, ont d'abord considéré la plante avec méfiance pour cette raison, puis ont fini par la rapporter en Europe pour ses qualités ornementales.

Le nom Ipomoea vient du grec ancien ips (le ver) et homoios (semblable) — une référence aux tiges grimpantes et serpentines qui s'enroulent autour de leurs supports. Le qualificatif tricolor renvoie au phénomène que tout jardinier finit par observer : chaque fleur passe par trois couleurs dans sa courte vie — bleu intense le matin, mauve à midi, rose pâle en fin de journée. C'est cette transition chromatique qui a donné son nom à l'espèce.

La célèbre variété 'Heavenly Blue' (le "bleu céleste"), la plus cultivée dans les jardins européens, a reçu en 1937 le prestigieux Award of Garden Merit de la Royal Horticultural Society britannique — c'est l'un des plus anciens prix de jardinage encore en vigueur, et il atteste de la qualité de cette variété sélectionnée.

L'Ipomée est une plante annuelle chez nous : elle ne supporte pas le gel et meurt aux premières gelées d'automne. Elle se ressème en revanche très bien d'une année sur l'autre, et c'est une variété libre, reproductible — pas un croisement industriel, une vraie semence paysanne.

Comment elle pousse chez nous

L'Ipomée est une plante de chaleur — elle vient du Mexique tropical, c'est dans ses gènes. Semis sous abri en mars-avril à 20-25 °C — la levée prend sept à quatorze jours selon la chaleur. La plante n'aime pas être dérangée à la racine : on sème idéalement directement dans des petits godets individuels, deux ou trois graines par godet, qu'on transplantera tels quels au jardin sans casser la motte. Profondeur de semis : trois à quatre centimètres (les graines sont assez grosses).

Le geste qui change tout : tremper les graines une nuit dans l'eau tiède avant de semer. L'enveloppe extérieure des graines d'Ipomée est très dure, et la germination peut être lente et irrégulière sans cette étape. Trempées, elles gonflent, l'enveloppe s'attendrit, la germination devient rapide et homogène. C'est le secret pour ne pas se décourager devant un sachet de graines qui ne lèvent pas.

Plantation en pleine terre en mai-juin, après les derniers gels, à 40 à 50 centimètres entre chaque plant. L'Ipomée a besoin d'un support solide pour grimper : treillis, pergola, grillage, fil tendu, clôture en bois. Elle est volubile — c'est-à-dire qu'elle s'enroule en spirale autour de son support, sans avoir besoin qu'on l'attache. Elle peut atteindre deux à quatre mètres de hauteur en une seule saison. Plein soleil indispensable. Sol bien drainé, moyennement riche, sans excès d'azote (qui ferait beaucoup de feuilles et peu de fleurs).

L'arrosage doit être régulier en été, surtout en cas de fortes chaleurs — l'Ipomée a un large feuillage qui transpire beaucoup. Pas d'arrosage le soir (humidité sur les feuilles toute la nuit = risque d'oïdium), pas d'arrosage en plein soleil (effet loupe sur les gouttes). On arrose au pied, le matin tôt.

Floraison de juillet jusqu'aux premières gelées d'octobre. Chaque fleur ne dure qu'une journée, mais la plante en produit en continu — un pied bien établi peut donner cinquante à cent fleurs sur la saison.

Le conseil de Carole : (à compléter avec Carole — son geste de terrain Ardèche pour l'Ipomée : choix du support, gestion du vent en coteau, association avec d'autres grimpantes.)

Comment elle met le jardin en valeur — Une pergola couverte d'Ipomée bleue

L'Ipomée n'est pas une fleur qu'on cuisine — elle est purement ornementale, et même franchement à éviter en cuisine (les graines, en particulier, sont toxiques par ingestion). Mais c'est une fleur qui transforme un coin de jardin en théâtre quotidien. Voici comment l'employer pour qu'elle donne le meilleur d'elle-même.

Le principe : couvrir un support en pleine vue.

L'Ipomée gagne à être plantée là où on la regarde chaque jour — devant une fenêtre, sur la pergola d'une terrasse, sur la clôture du potager qu'on traverse plusieurs fois par jour. Le spectacle quotidien des fleurs neuves qui s'ouvrent au lever du jour est le cœur de la magie. La placer au fond du jardin, c'est gâcher le plaisir.

La pergola d'Ipomée 'Heavenly Blue' :

  • Choisir une pergola, une tonnelle ou un treillis bien orienté plein sud ou sud-est, idéalement avec une vue sur le ciel matinal pour le contre-jour.
  • Planter quatre à six pieds d'Ipomée au pied du support, espacés de 40 à 50 cm. C'est l'effet de masse qui produit l'éblouissement — un seul pied serait perdu.
  • Tendre des fils ou un grillage à mailles larges pour aider les premières tiges à monter — l'Ipomée s'enroule mais elle a besoin d'un point de départ. Une fois lancée, elle se débrouille toute seule.
  • Arroser généreusement les premières semaines, jusqu'à ce que la plante soit bien installée. Ensuite, arroser une fois par semaine en profondeur, plutôt qu'un peu tous les jours.
  • À partir de juillet, la pergola devient un mur de feuilles vertes en forme de cœur, parsemé chaque matin de dizaines de trompettes bleu ciel. C'est l'un des plus beaux spectacles que peut offrir une plante annuelle.

Le contraste qui fonctionne :

L'Ipomée bleue s'accorde admirablement avec une clématite blanche ou un rosier grimpant rose pâle sur le même support, ou avec un fond de glycine déjà installée. Les fleurs bleues sortent du blanc et du rose comme des éclats de ciel.

Ce qu'on en fait, après

L'Ipomée est avant tout une plante de spectacle — on la cultive pour le plaisir des yeux et pour la fraîcheur visuelle qu'elle apporte au cœur de l'été. Elle attire aussi les bourdons et certains papillons matinaux, qui viennent butiner avant que les fleurs ne se ferment. Une fois la saison terminée et la plante gelée, on récupère les graines dans les capsules sèches qui se forment après floraison : on les conserve au sec, et on les ressème l'année suivante — c'est la magie des annuelles à graines libres. À noter : les graines sont toxiques par ingestion (contiennent des alcaloïdes), à tenir hors de portée des jeunes enfants et des animaux.


Plants d'Ipomée Tricolor disponibles à la pépinière du Mézayon (Satillieu, Ardèche) à partir de mai-juin, et sur les marchés.