Le journal

Fleurs comestibles

Calendula Souci — Le safran du pauvre, la fleur qui soigne et qui colore

Une fleur orange ou jaune profond, médicinale depuis le Moyen Âge, comestible, tinctoriale. On en fait un macérât huileux apaisant, on en parsème les salades, et elle fleurit jusqu'aux gelées.

27 mai 2026

Calendula Souci

Une fleur du soleil, ouverte du matin au soir

Le Calendula — qu'on appelle aussi souci des jardins ou fleur de tous les mois — porte son nom du latin calendae, parce qu'il fleurit pratiquement toute l'année dans les climats doux. Ses pétales orange profond ou jaune solaire forment des marguerites dressées au bout de tiges souples. La fleur ouvre ses pétales le matin, suit le soleil au cours de la journée, les referme partiellement à la nuit. Tout est comestible : pétales, boutons, jeunes feuilles. Et tout est utile : médicinal, tinctorial, alimentaire.

Une plante du Moyen Âge, des moines, des soigneurs

Le calendula officinal (Calendula officinalis) est une annuelle d'origine méditerranéenne, cultivée dans les jardins de monastères médiévaux pour ses propriétés cicatrisantes et adoucissantes. Au Moyen Âge, on l'appelle safran du pauvre parce que ses pétales séchés permettaient de colorer les soupes et les fromages quand on n'avait pas les moyens d'acheter le vrai safran. Les bonnes sœurs en faisaient un baume pour les peaux abîmées, les frères apothicaires en distillaient des huiles. Aujourd'hui c'est l'une des plantes médicinales les plus utilisées en cosmétique naturelle — son macérât huileux est partout dans les gammes de soins pour peaux sensibles, irritées, sèches.

Attention à la confusion : dans le langage courant, on appelle aussi "souci" l'Œillet d'Inde (Tagetes), une plante très différente. Pour ne pas se tromper, le vrai souci médicinal — celui dont on parle ici — se reconnaît à ses graines en forme de croissants ou de petites chenilles arquées, alors que l'Œillet d'Inde a des graines droites et fines. C'est le Calendula qu'on utilise pour la peau ; pas l'Œillet d'Inde.

Comment il pousse chez nous

Semis de mars à juin sous abri ou directement en place. Les graines sont grosses, en forme de croissant — facile à manipuler. À 0,5 à 1 cm de profondeur, à 25 cm entre les plants. Germination très rapide : 4 à 14 jours à 15-20 °C. Floraison 6 à 8 semaines après semis, et jusqu'aux gelées. Le calendula est une plante facile, tolérante : tous types de sols, plein soleil, peu d'arrosage une fois installée.

Dans les régions à hiver doux (Méditerranée, vallées abritées), un semis en septembre-octobre est aussi possible : les jeunes plants passent l'hiver en rosette et fleurissent dès le début du printemps suivant — bien plus tôt qu'un semis classique. C'est la méthode des jardiniers du sud, et la plante s'en accommode très bien.

Le geste qui prolonge la floraison : couper les fleurs fanées au fur et à mesure. La plante en produit alors continuellement de nouvelles, au lieu de monter en graines. C'est aussi une plante qui se ressème toute seule — une fois installée au jardin, elle revient chaque année.

La recette qui la met en valeur — Macérât huileux de calendula pour les soins de la peau

C'est l'usage le plus ancien et le plus apprécié du calendula. Une huile végétale dans laquelle on a fait infuser longuement des fleurs séchées : elle se charge des principes actifs apaisants, prend la couleur dorée des pétales, et devient un soin maison qu'on garde au frais et qu'on applique sur les peaux irritées, les coups de soleil, les eczémas légers, les lèvres gercées.

Pour un bocal de 250 ml :

  • Fleurs de calendula bien séchées (assez pour remplir un bocal aux deux tiers, sans tasser)
  • Huile végétale bio au choix : olive (la plus traditionnelle), tournesol désodorisé, ou jojoba
  • 1 bocal en verre stérilisé avec couvercle hermétique

La préparation :

Récoltez les fleurs ouvertes par temps sec, en milieu de matinée. Pour le séchage, détachez les pétales du cœur de la fleur (le capitule). Le cœur est très charnu et retient longtemps l'humidité — même quand les pétales semblent secs, le cœur peut encore contenir 1 à 2 % d'eau, ce qui suffit à faire moisir le macérât. Les pétales seuls sont plus sûrs et plus simples à manipuler. Si vous tenez à utiliser les fleurs entières, prolongez le séchage et soyez très vigilant sur la sécheresse au moment du remplissage.

Faites sécher les pétales à l'ombre, à l'air libre, sur une grille ou un linge, pendant 7 à 10 jours. Ils doivent être cassants sous les doigts, pas souples.

Remplissez un bocal propre aux deux tiers avec les pétales séchés, sans tasser. Couvrez complètement d'huile végétale, en veillant à ce qu'aucun pétale ne dépasse — toute partie exposée à l'air peut moisir. Fermez bien.

Pour la macération, deux écoles :

  • À la chaleur lumineuse (méthode traditionnelle) : posez le bocal sur une fenêtre ensoleillée, 3 à 6 semaines. Secouez doucement tous les deux ou trois jours. La chaleur extrait mieux les principes actifs, mais l'huile peut rancir un peu plus vite.
  • À la chaleur douce sans lumière directe (méthode privilégiée par certains herboristes) : dans un placard chaud, sans soleil direct. Plus long (6 à 8 semaines) mais l'huile vieillit mieux.

Au bout du temps de macération, filtrez à travers une étamine ou un filtre à café, en pressant délicatement les pétales pour récupérer toute l'huile. Versez dans un flacon en verre teinté ou opaque, étiquetez avec la date.

Conservation : dans un endroit frais et à l'abri de la lumière. L'huile se garde 6 mois à 1 an selon la qualité de l'huile de base.

Ce qu'on en fait, après

Les pétales frais parsemés sur une salade composée — couleur immédiate, goût plutôt neutre avec une discrète amertume. Petite astuce : utilisez seulement la partie colorée du pétale (orange ou jaune), et coupez la base blanche, qui concentre l'amertume. Pour la décoration, ça change tout. Les pétales séchés dans une soupe ou un risotto à la place du safran (ils colorent beaucoup, parfument peu). Et le macérât huileux : sur les coudes secs après le jardinage, sur les lèvres gercées en hiver, en huile de massage pour les bébés (peaux délicates), en base de baume cicatrisant maison.

Côté teinture textile, les pétales séchés bouillis avec un mordant (alun) donnent à la laine ou à la soie de jolis tons jaunes doux à orangés — un savoir-faire ancien qui se redécouvre dans les ateliers de teinture végétale. Le calendula est l'une de ces plantes dont on ne se lasse jamais — utile dans la cuisine, utile dans la salle de bain, utile à l'atelier, utile au jardin.


Plants de Calendula Souci disponibles à la pépinière du Mézayon (Satillieu, Ardèche) à partir de mai, et sur les marchés.